L’urgence spirituelle : Une ode à la vie – au Feu de Vérité

“Brûle dans la flamme, Ô âme, et trouve ta vérité, car seul le feu du renoncement révèle le trésor caché.” - Rûmi

En réponse à l'Univers qui, par un homme, a exprimé ces mots:

«Si tu dis non au moment présent pendant un certain temps, lorsque tu dis enfin oui, il est devenu plus grand que toi. Tu n'es plus toi. Tu es quelqu'un d'autre. Ce dont tu faisais abstraction est devenue l'absolue réalité. »

Eh bien, allons-y.

C'est ce que vous êtes censé faire !

Vous êtes censé vous brûler jusqu'aux cendres, vous êtes censé vous donner au brasier, vous donner en offrande au feu de l'Autel Divin. Vous êtes censé vous laisser absorber par l'expérience jusqu'à vous perdre, jusqu'à ne plus savoir qui vous croyiez être. Car ce que vous croyiez être n'est qu'illusion. Si l'expérience vous change, c'est que ce que vous croyiez être n'existait pas. L'impermanence signifie illusion – jusqu'à un certain point. Une illusion qui a sa réalité sur certains plans.

Vous êtes censé vous donner entièrement à la Vie : ce que vous croyez être n'est que la manifestation d'une facette de la vie, n'est que la rencontre de nadis cosmiques en une réaction alchimique, un feu d'artifice : un battement de cil et c'est passé.

Ce sont les Gunas qui rencontrent les Gunas, comme on le dirait en Inde.

Vous êtes censé tout donner, tout ce que vous pensez être, toutes vos croyances ! Vous êtes censé vous laisser brûler par le feu alchimique jusqu'à ce qu'il ne reste que votre pure essence, immuable, intangible. Si la situation qui vous effraie finit par vous absorber, par vous dissoudre, par vous digérer et vous recracher en un tout autre individu : félicitations ! Vous avez permis à la vie de vous enseigner - de vous révéler ce que vous n’êtes pas.

Ne faîtes pas l'erreur de vous accrocher à ces transformations comme quelqu'un courant après du développement personnel et qui souhaiterait en permanence être quelqu'un de différent, de plus ceci, de moins cela.

Laissez la transmutation se faire, laissez le dépouillement se faire et surtout, laissez la vague passer. Tout emporter sans vous y accrocher. Sans surfer dessus, sans la rappeler. Sans en refaire un vécu identitaire.

Abandonnez vous à la vie ! A ses peurs, à ses souffrances, à ses brasiers, à ses joies, à ses tristesses, à ses félicités, à tous ces rôles qu'elle peut vous donner ! Mais ne vous identifiez pas au rôle.

Laissez-vous être absorbé et digéré et transformé tant qu'il y aura l'illusion de pouvoir être transformé. Tant que votre véritable nature n'a pas été réalisée. Tant que la connaissance de cette nature n'a pas été lâchée, tant que tout n'a pas été lâché dans le brasier de la vie, tant que la Vie a encore besoin de se donner à la Vie.

Il n'y a pas de vie à réussir, pas de victoire sur la Vie.

Il n'y a qu'elle qui fait sa propre expérience, son jeu.

Alors donnez-vous entièrement ! Encore plus si c'est terrifiant, encore plus si c'est souffrant !

Breaking News : vous n'allez pas mourir.
Et si vous le deviez, quand bien même ? Ce qui meurt n'est pas vous.

Bénis sont ceux qui souffrent – et je ne fais pas ici l'apologie du martyr ou des obstacles de vie, je n'encourage pas la souffrance. Je reconnais cependant l'opportunité, la porte qui s'ouvre, la capacité de libération dans la chaleur de ce feu, dans la puissance de cet inferno.

Bénis sont ceux qui font face à leur propre mort, un compte à rebours court terme qu'ils regardent s'égrainer en faisant face à cette impermanence : quel concentré de puissance ! Ils sont des supernovas en combustion spontanée dont le foyer incandescent ne permet que la transformation imminente, profonde, immédiate.

Le matériau chauffé à la flamme d'une petite bougie mettra peut-être des éons à se transformer en profondeur. Le matériau jeté au cœur de l'incendie, du brasier dévorant, du cœur en fusion, sera changé à une rapidité phénoménale.


Donnez-vous entièrement !
On ne négocie pas avec l'Absolu. La seule offrande est votre entièreté. Votre « soi » pour le « Soi ». C'est la base de l'alchimie. C'est la seule transaction avec Dieu, celle qui n'en est pas une. Se donner, entièrement, brûler entièrement sur l'Autel Divin.


Tout est alchimie. Tout est réaction. Un matériau qui rencontre une solution, une source de chaleur, et qui change de nature, qui en ressort « différent » transformé, purifié. Dépouillé de certains éléments, toujours plus proche de sa véritable nature.

L'initiation, l'épreuve du feu. Se donner au brasier, à l'incandescence de la vie, s'y consumer jusqu'à ce qu'il ne reste rien. Se laisser être absorbé et changé par le brasier, par le foyer, voir se révéler tout ce qui nous compose. Accueillir le soufre, l'odeur de la chair brûlée, et toute cette rage aux tripes, cette souffrance déchirante. Cette poche de feu dans le ventre.

Accepter en supernova, en combustion spontanée, accueillir chaque situation de vie comme un révélateur, comme une montée en température. Que devient le matériau maintenant ?

Qui suis-je si tout ce qui me compose semble impermanent ?

Et au cœur du Chaos, de cette immolation : la Joie.

« Le jour qui te terrorise parce que tu le crois le dernier sera l'anniversaire de ton éternité. » - Sénèque

Les cycles cosmiques pourraient nous ridiculiser par leurs grandeurs. Ne sommes-nous pas minuscules à côté d'eux ? Ils nous rappellent pourtant la puissance de nos chroniques humaines.
La vie et la mort expérimentée en incarnation et désincarnation sont interdépendantes, se nourrissent l'une l'autre, ce sont les lois de la nature. On approche la mort avec la même peur et les mêmes résistances que notre naissance, la fin du connu, d'une situation, d'attaches. Pourtant l'une comme l'autre nous inscrivent dans l'existence et dans le jeu de la Vie – leela. Ce battement de cœur, ce poumon qui inspire et expire, cette contraction et expansion.

La durée de ce cycle n'a pas d'impact, c'est sa qualité qui compte, c'est l'incandescence avec laquelle on va la vivre, on va brûler – un rôle bref mais brillant aura plus d'effet qu'un rôle interminable mais mou, tant sur l'acteur que sur le public. Là encore je ne parle pas de ce qu’il se passe dans votre vie, de ce que vous faites, mais de comment vous la vivez, comment vous vivez même les choses les plus simples.

Regardez l'étoile qui se meurt. Regardez comme elle brûle, elle se consume, elle se transforme. Elle explose de lumière pendant seulement quelques millisecondes mais c'est là que tout se joue. C'est le Grand Passage. C'est là où le feu est le plus fort, la transformation totale. Plus le feu est fort, plus rapide est le cycle. Brûlez avec la même ferveur, donnez vous en offrande à la vie avec cette extase enflammée.

Nous sommes à l'image de tous les minéraux, végétaux, astres et planètes, fait des mêmes particules. Et nos cycles si courts nous appellent à briller encore plus fort, à brûler plus vif, à incarner notre rôle de toute beauté avec l'intensité d'une combustion spontanée.

Je ne dis pas de brûler la chandelle par les deux bouts ! Je ne dis pas de courir partout pour tout vivre et tout tester, et adopter des comportements auto-destructeurs, bien sûr que non !

Ce n'est pas à l'ego de s'agiter pour « faire quelque chose de sa vie ». Pour ne pas passer à côté – quelle idée ?

C'est à la Vie de nous manifester entièrement, profondément. A travers les calmes et les tempêtes. A travers le quotidien. A travers les petits touts.

Et je m'adresse ainsi à tous mes amis et collègues du « tapis de yoga », des « retraites », des « stages »  - et à moi-même : quel carcan rassurant, quel écrin confortable ! Une expérience avec les petites roues du vélo, au moment choisi, dans un cadre choisi, sous observation du maître ego qui a préalablement coché toutes les cases. Comme c'est commode, comme c'est rassurant. Comme c'est contrôlé.

Les grands enseignements de la Vie sont données bien loin des tapis, bien loin de « l'heure de ma méditation », dans les choses les plus simples, dans les choses les plus banales, dans la cohue générale.

Ce n'est pas à l'ego de courir après les expériences, les leçons et les apprentissages. La course à la consommation, l'accumulation : de titres, de diplômes, de certificats, de biens, d'expériences...

Si l'univers ne respire à travers nous qu'un nombre limité de souffles par cycle, qu'on lui rende hommage en y mettant tout notre cœur. Tout notre cœur à nous pousser. A lui faire de la place. A ne pas lui faire obstacle avec nos désirs et ambitions égotiques. Nos besoins compulsifs d'être quelqu'un.

La chandelle brûle pour nous tous, ce temps linéaire, vécu comme tel sur ce plan, est limité pour chacun de nous. La plupart même, ignore combien de grains il reste dans leur sablier : nous n'avons pas le temps. Pas le temps d'être frileux, de mettre des bâtons dans les roues de la vie, de la bâillonner et nous rouler dans nos illusions. Pas le temps de vivre à demi, de faire barrage au chant de la Vie, à sa symphonie cosmique, à son déploiement.

Nous n'avons pas le temps de croire que c'est à propos de nous. De croire qu'il y a un nous.

Nous n'avons pas le temps de confondre le port avec les récifs qui vont nous éventrer et nous vider. De prendre le néant pour l'enfer alors qu'il fait seulement le vide jusqu'à ce qu'on y voit notre véritable reflet...se diluer et disparaître. Pas le temps pour croire que c’est nous qui menons la danse, nous qui décidons, nous qui avons notre mot à dire. Pas le temps de croire que c'est Notre Vie.

C'est la Vie qui nous forge et nous trempe et nous fait chanter. C'est la Vie qui glisse ses doigts dans le gant auquel nous nous identifions et que nous croyons animer.

Il n'y a que la vie.

Il faut se perdre. Il faut être prêt à tout perdre, toute possession, tout titre, toute identité. Chaque soir, chaque seconde, clôturer : et si je meures maintenant, partirais-je libre ? Que mes affaires soient en ordre – en moi-même -, la mort me dépouillera de ce qui n'est pas moi.

Tout a pour fin sa propre destruction, son effondrement : son achèvement. C'est un accomplissement en soi que de tourner la page, de laisser la vague nous traverser sans chercher à la figer. Une complétude. Cristalliser, figer, c'est tuer, c'est contre nature, contre les lois de la Vie. Là est la véritable mort, là est le suicide : s'accrocher ad vitam æternam à ce qui par nature est impermanent. La Vie ne peut respirer dans un bocal de formol. Sous cloche. Notre finitude est notre perfection, notre complétude, notre réintégration. Félicitations ! Vous avez été digéré par la vie sans créer d'occlusion.


« Il y a si peu à craindre dans la mort que grâce à elle, plus rien n'est à craindre. » - Sénèque


Ce qui sera détruit ne peut vous définir.

L'initiation, l'épreuve du Vide.

Félicitations ! Vous vous êtes donné au brasier, en offrande, au feu de l'Autel de la Vie. Vous vous êtes donné entièrement à plus grand que vous jusqu'à devenir l'expérience, jusqu'à ce que celle-ci disparaisse à son tour, jusqu'à n'être plus rien. La crique vidée après le tsunami, la jonction entre passé et futur, entre deux respirations, le silence suspendu entre deux pensées, la distance entre Dieu et son reflet.

Félicitations ! Vous êtes en vie jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'elle : un medium pour la laisser passer jusqu'à la dissolution, la statue de sel qui entre dans l'océan.

C'est que tout se joue ! Quand vous avez peur, quand vous avez mal, quand vous êtes perdus, quand la situation vous faisant face semble bien plus grande que vous. C'est censé être le cas ! …. -et ultimement, ça ne l'est pas.

Tout ce que vous ignorez finira par vous avaler, jusqu'à ne faire plus qu'un, alors donnez-vous ! Donnez-vous au foyer Alchimique, à la pierre, et au mortier. Donnez-vous au creuset. Donnes-vous entièrement et découvrez avec l'émerveillement d'un enfant le feu d'artifice, les secrets révélés, la transmutation, la transformation de ce que vous croyiez figé en vous, en un nouveau matériau... qui vous façonne en l'instant sans vous définir.

Regardez-le à son tour changer, les couches épurées par le feu, jusque dans les cellules, les particules. Regardez vous jusqu'à votre disparition. Jusqu'à ce qu'il n'y ait que le souffle de vie respirant, animant, jouant avec lui-même.

Alors Vivez ! Il n'est plus temps de faire l'autruche, plus temps de courir comme des poulets sans tête. Plus temps de penser à « soi » comme ce qui est réel. Il n'y a ni vous, ni moi.

« Lorsqu'un incendie se déclenche, les pompiers ne toquent pas poliment à la porte de l'immeuble en feu : ils la défoncent. » écrit Maxime Rovere. Offrez-vous avec cette urgence.


Les rebondissements de la vie sont captivants : littéralement. Ils captivent, ils tiennent prisonniers. Ce rollercoaster, ces hauts, ces bas, cette roue du hamster qui nous fait pédaler et tourner en rond. Cependant ne tenez pas à l'écart les circonstances extérieures, comme si la vie intérieure était un refuge : on s'enferme en huis clos avec nos croyances et nos histoires. Ne croyons pas ce qui vient de nous : « on ne sait rien de nous, sauf ce que l'on en croit - par les autres. »


Alors lâchez tout.

Cessez de vous définir en construisant une image de vous-même et déconstruisez. Dépouillez. Voyez ce qui s'exprime à travers vous, observez la réaction alchimique avec « l'extérieur », observez le jeu de la Vie qui s'expérimente elle-même.

Le Samsara est une roue qui enferme, la Vie est un mouvement de déploiement en dehors de toute roue.

Chaque être, chaque événement est une fenêtre sur Soi et une porte sur le divin. C'est la Vie qui s’expérimente elle-même à travers elle. Ne nous prenons pas pour l'être qui vit « ça » pour l'être qui « a », qui « est ». Ne prenons pas l'autre comme celui qui « fait », qui « est ». Il n'y a qu'une libre circulation des énergies/consciences.

Ne nous prenons pas pour celui qui aime, ni pour l'être aimé. Il n'y a que l'Amour qui passe à travers nous et se révèle à lui-même. C'est l'essence de toute chose, c'est la substance de toute création.


Alors riez, et pleurez, et ressentez, et vibrez tout ce qui vous traverse.

Abandonnez vous à l'inconnu, au silence et au chaos.
Et puis lâchez. Relâchez la saisie. Quelle joie, la vie qui s'expérimente.

Abandonnez-vous à la permanence immuable au Cœur de l'Impermanence : la nature même de la Vie.

Abandonnons nous, exaltés, à la Vie, cette divinité à laquelle il n'y a pas besoin de croire, cette divinité qui s'expérimente.

Il n'y a que Cela.


/!\ Attention : pour les guerriers, les martyrs, les masochistes. /!\

« Quiconque lutte contre des monstres devrait prendre garde, dans le combat, à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi. » - Nietzsche

Faites attention à ne pas transformer cette liberté souveraine en festival de l'ego : à vous prendre pour un dieu.

Il faut une verticalité, apprendre à vivre debout, mais l'accueil de chaque situation se fait dans une joie non masochiste. Prenez garde au guerrier en vous, à la rage de vaincre, de tout encaisser, de goûter à la terreur et au sang. Même à sa propre terreur et son propre sang. Ne prenez pas en otage le flux de la Vie sous prétexte de le libérer. Ne défiez pas celle-ci en vous jetant dans la cheminée par arrogance pour devenir plus puissant, plus résistant, plus..... pour être plus.

Donnez vous au brasier par amour et dévotion, par Vérité. Ne confondez pas cela avec une inclinaison pour l'odeur de la chaire brûlée. Si vous ressentez le besoin de vous jeter dans la tempête pour le plaisir d'être encore là de l'autre côté, alors vous ne vous êtes pas donné à la tempête. Vous n'êtes pas censé en sortir. Vous n'êtes pas censé être là. Ni avant, ni pendant, ni après. Le but n’est pas de faire de vous un survivant, un soldat, un être exceptionnel, un héro.

Cette Vie contient tout, des plus grandes félicités aux plus terribles carnages. Elle est en chaque horreur en chaque indignité. Sa pureté flamboyante peut s'épanouir en chaque terreau. Elle est aussi en chaque moment de douceur, de joie et de simplicité.

N'en faites pas une théorie, une gymnastique intellectuelle, un intérêt cultivé. On ne parle ni de pensées, ni de discours, on parle de l'intensité dévotionnelle, de la ferveur de Vivre, de cet instinct primal de survie – de Vie. Cette engouement fanatique. Mais n'en devenez pas un ! Surtout, ne devenez rien ni personne.

C'est une extase, une joie qui transcende tout, une soif de Vérité qui ne peut s'épancher à la source tiède de théories de comptoir. Il s'agit de traverser toutes croyances, tous sens de la mort, tous voiles. Un saut de l'ange qui déchire tout ce que l'on croit savoir , des autres, de soi.

Expérimentez, vivez le dans le chair.

Partez du fond du trou, du fond du ras le bol, de l'étouffement, de cette mort vivante et renaissez à la Vie.

Pour cela, il faut tout abandonner. Tout lâcher. Les désirs de gagner le jeu de la vie également.

- Anaïs




Rûmi :

« […]
Now enter that silence.
This is the surest way
to lose yourself. . . .

What is your life about, anyway?—
Nothing but a struggle to be someone,
Nothing but a running from your own silence. »


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Qu’est-ce que Maât ? (pour ceux qui veulent aller plus loin…)